Le rapport de Mme Antoinette GUHL sur les marges des industriels et de la grande distribution est disponible.
C’est un bon moment pour réfléchir aux nombreux effets pervers de l’organisation de la distribution des aliments.
Pour avoir une base de réflexion, j’ai fais quelques calculs sur les coût et surfaces nécessaires pour nourrir la France 1 an en bio avec 100% de blé, pour juste apporter les calories nécessaires.

Hypothèse de besoin en calories:

GroupePopulationkcal/j retenuesBesoin annuel
Femmes < 15 ans5,481 M1 4002 801 Md kcal
Hommes < 15 ans5,747 M1 6003 356 Md kcal
Femmes 15-19 ans2,077 M1 8001 364 Md kcal
Hommes 15-19 ans2,223 M2 4001 948 Md kcal
Femmes 20-59 ans17,108 M1 6009 991 Md kcal
Hommes 20-59 ans16,760 M2 20013 458 Md kcal
Femmes 60 ans et +10,865 M1 6006 346 Md kcal
Hommes 60 ans et +8,820 M2 0006 439 Md kcal

Pour satisfaire ces besoins, on aurait besoin :

IndicateurRésultatUnité
Besoin calorique annuel total45 702Md kcal/an
Blé nécessaire13 324 224tonnes/an
Coût total annuel5,20Md€/an
Coût par habitant / an75,22€/habitant/an
Coût par habitant / jour0,21€/habitant/jour
Surface centrale nécessaire4 853 998ha

Soit en surface :

ProduitTonnes nécessairesCoût Md€
Blé bio13 324 2245,20
TOTAL13 324 2245,20
Comparaison surfacesSurface haPart / référence
Blé bio nécessaire4 853 99857,1%
Surface céréales France8 500 000
Grandes cultures bio France651 554

Les prix sont des prix de gros, il faudrait prévoir une petite marge pour le conditionnement en semi-gros.

On obtient un coût par habitant, pour un fonctionnement de base de : 75,22 €/an, soit 6.26/mois

C’est juste un calcul pour avoir une référence « survie ».

Je refais maintenant le calcul avec un modèle inspiré des régimes indiens modestes : céréale + légumineuse + huile .

Le panier minimal pourrait être :

68 % blé bio
17 % légumineuses bio
15 % huile végétale bio

Pour la France entière, cela donnerait environ :

  • 9,1 Mt de blé bio
  • 2,2 Mt de légumineuses bio
  • 0,76 Mt d’huile bio

Coût estimé : ≈ 9,9 milliards d’euros par an, contre ≈ 5,2 milliards pour le 100 % blé.
Soit 143,20 euros par an, 11.93/mois

Note sur le transport:
On peut s’interroger sur les coûts liés au transport et la distribution de ces produits, car j’ai utilisé des prix de gros. Mais quand l’état organise de manière massive un service, les coûts de distribution peuvent être très faibles. Exemple :
un litre d’eau du robinet : 0,005 euro
un litre de Cristaline de base (même qualité) : 0.18 euros (36 fois plus)

Distribution :
Les resto du coeur ( https://www.restosducoeur.org/nos-actions/aide-alimentaire/) distribue des aides alimentaires auprès de 1.3 millions de personnes, souvent en utilisant des ressources associatives, typiquement un local appartenant à la mairie. Il n’y a pas de difficultés bloquantes si on imagine une multiplication par 40 de ce type de mécanismes (en injectant des financements quand même, chiffrage à venir).

Impact sociétal
Aujourd’hui, il coûte beaucoup moins cher d’acheter un aliment « junk » qu’un aliment bio de qualité. Si l’aliment bio brut est fourni à prix coûtant, très très bas de fait, cela modifiera de manière massive les habitudes de consommation.

Les distributeurs s’adapteront, c’est leur savoir faire, les surfaces des supermarché se transformeront peut être en laboratoire de transformation des aliments bruts. En Chine ancienne, on venait dans un restaurant avec ses propres aliments, et le cuisinier utilisait les ressources apportées pour faire le repas des convives.